Date de la randonnée : 11 novembre 2016

Difficulté : Très difficile

Temps estimé : environ 11 heures

Construite dans les années 60, la canalisation du Nez de Boeuf était une artère vitale pour l'approvisionnement en eau de la commune du Tampon. Les habitants de la régions connaissaient depuis longtemps cette source qui jaillissait du rempart et au pied de laquelle on venait chercher du cresson. L'intérêt d'un captage fut mis en lumière par Marcel Boissier, et d'importants travaux furent entrepris sous sa direction pour construire une canalisation de 6,4 kilomètres à flanc de falaise. Un chantier titanesque qui représentait un véritable défit technique pour l'époque. Les hommes travaillaient dans des conditions difficiles presque constamment au bord du vide et contraints à descendre à la main plus de 41 tonnes de tuyaux. C'est en 1966 que la canalisation est mise en service. Elle permettait d'alimenter plus de 5000 foyers. Hélas, ce cheminement à flanc de falaise contraint à abandonner l'exploitation de la source, les réparations devenant trop nombreuses suite au chutes de pierres, la canalisation tomba alors dans l'oubli pendant plus de 20 ans. 

Récemment, une équipe de passionné a remis au goût du jour ce circuit après d'innombrables reconnaissances dans la zone, merci à eux de m'avoir convié aujourd'hui à l'accomplissement de plusieurs mois et même d'années de recherche, un grand bravo tout particulièrement à Martial qui s'est rendu un nombre incalculable de fois dans ce rempart, il est donc maintenant possible de suivre la canalisation en intégralité comme dans les années 70 ! L'article suivant traitera d'une boucle très sportive et périlleuse le long de ce tuyau qui permettra de rejoindre Notre Dame de la Paix depuis le Nez de Boeuf. Attention, je tiens à le préciser, ce circuit ne s'adresse absolument pas à tout le monde, nous avons pris plus de 12 heures pour faire à peine 15 kilomètres, ce qui traduit l'extrême difficulté du parcours. Il faut bien estimer ses capacités physiques et mentales avant de se lancer dans une telle aventure. La canalisation passe parfois à 20 centimètres du vide et on a parfois moins de la moitié pour mettre ses pieds. Certains passages sont très périlleux et la moindre inattention peut valoir sa place au cimetière. Le cheminement dans la végétation est très difficile et il faut se préparer à avoir les bras et les jambes totalement en sang si on a pas prévu en conséquence. En aucun cas cet article n'est une incitation à aller suivre le tuyau, au contraire et il en va de la responsabilité et du bon sens de chacun. 

La randonnée débute au parking situé derrière le Nez de Boeuf, au niveau d'une aire de pique nique. Le sentier démarre au fond de celui ci et rejoint l'embranchement avec le sentier filant vers l'est au Piton Textor. Juste en face, on devine assez aisément des traces de piétinement dans les herbes qui rejoignent le bord du rempart. Une sente descend alors dans la pente. 

Du Nez de Bœuf à Notre Dame de la Paix par la canalisation du Nez de BœufDu Nez de Bœuf à Notre Dame de la Paix par la canalisation du Nez de Bœuf

On s'engouffre immédiatement dans le rempart. La végétation est constituée essentiellement de brande, la pente est forte et il faut bien s'accrocher pour ne pas risquer de tomber. La trace en elle même est assez visible, quelques portions obligent à y aller sur les fesses. Les vues sur la partie haute de la rivière des Remparts, dit aussi "Le Rond", sont magnifiques. A certains endroit le sentier d'origine est encore visible. On alterne portions faciles et larges, et portions techniques et pentues. Deux cordes sont installées dans la descente et aident grandement au franchissement de petits ressauts. 

Du Nez de Bœuf à Notre Dame de la Paix par la canalisation du Nez de BœufDu Nez de Bœuf à Notre Dame de la Paix par la canalisation du Nez de BœufDu Nez de Bœuf à Notre Dame de la Paix par la canalisation du Nez de Bœuf

On arrive vite au niveau d'un éboulis. Une croix est posée là en mémoire au malheureux qui s'est désespérément jeté du haut du rempart avec sa voiture. La carcasse du véhicule est visible un peu plus loin, on prend alors conscience de la violence du choc en voyant autant de tôle pliée. Un peu plus bas on rejoint un éboulis un peu plus conséquent, la canalisation passait autrefois ici mais elle fut emportée par les blocs de plusieurs tonnes qui se sont détachés de la falaise juste derrière. Après avoir descendu l'amas de pierre, il faut bifurquer à droite, on rejoint alors la canalisation. 

Du Nez de Bœuf à Notre Dame de la Paix par la canalisation du Nez de BœufDu Nez de Bœuf à Notre Dame de la Paix par la canalisation du Nez de Bœuf
Du Nez de Bœuf à Notre Dame de la Paix par la canalisation du Nez de BœufDu Nez de Bœuf à Notre Dame de la Paix par la canalisation du Nez de Bœuf

Une fois la canalisation rejointe, le but sera, jusqu'à Notre Dame de la Paix, de suivre le tuyau. D'emblée, la pente est faible, on à presque l'impression de marcher sur du plat. Le sentier est étroit mais visible. Le vide est toujours proche et il faut être très attentif. On alterne portions boisées et portions rocailleuses à flanc de falaise. Dans cette partie, le tuyau en métal est en assez bon état et on peut sans problème s'y appuyer pour franchir quelques passages délicats. 

L'arrivée à la canalisation. photos H.Benard (2 - 3)L'arrivée à la canalisation. photos H.Benard (2 - 3)L'arrivée à la canalisation. photos H.Benard (2 - 3)

L'arrivée à la canalisation. photos H.Benard (2 - 3)

La passerelle du Nez de Boeuf est en vue ! Il faudra encore cheminer sur un centaine de mètres sur un sentier étroit pour l'atteindre. Une fois à l'ouvrage on peut admirer le travail fait ici par les ouvriers de l'époque. On a du mal à imaginer les ouvriers descendre et transporter ces pièces métalliques après les nombreux passages délicats qu'on vient de franchir. La passerelle, soutenue par deux renforts en moellon  de part et d'autre, n'est large que d'une soixantaine de centimètres. Le métal a déjà bien vécu mais l'édifice tient encore malgré un léger balancement. 

La passerelle du Nez de BoeufLa passerelle du Nez de BoeufLa passerelle du Nez de Boeuf

La passerelle du Nez de Boeuf

Le cheminement se poursuit toujours dans les mêmes conditions. On peut apprécier de temps à autre de superbes ouvrages de maçonnerie en moellon qui permettent au tuyau de franchir, toujours en horizontalité, quelques fonds de ravine. Le paysage, lui, est grandiose ! Plus on avance, plus on peut apercevoir Roche Plate au fond de la vallée. En regardant vers le haut, c'est la verticalité du rempart qu'on peut contempler, on peut même distinguer le point de vue du Nez de Boeuf et ses touristes. 

Le soleil tape dur, même ici, à plus de 1000 mètres d'altitude, il fait une chaleur écrasante. La roche et le tuyau chauffés par les rayons du soleil font augmenter la température. La progression se fait dans ces conditions jusqu'au passage d'une face à l'autre d'une longue arrête. 

Du Nez de Bœuf à Notre Dame de la Paix par la canalisation du Nez de BœufDu Nez de Bœuf à Notre Dame de la Paix par la canalisation du Nez de BœufDu Nez de Bœuf à Notre Dame de la Paix par la canalisation du Nez de Bœuf
Du Nez de Bœuf à Notre Dame de la Paix par la canalisation du Nez de BœufDu Nez de Bœuf à Notre Dame de la Paix par la canalisation du Nez de BœufDu Nez de Bœuf à Notre Dame de la Paix par la canalisation du Nez de Bœuf

Commence alors une portion plus difficile et végétalisée, nous entrons dans l'inconnu. La progression sera lente et délicate sur un peu plus de 2 kilomètres. On rencontre quelques zones boisées très incitatives à la pause et de superbes tranchées creusées à la main par les ouvriers. Ces rares zones sont l'occasion de relâcher un peu l'attention mais elles ne durent pas très longtemps. Deux passages particulièrement sensibles sont à prévoir dans cette portion de 2 kilomètres, il faut faire très attention car la moindre erreur peut être fatale. 

Le brouillard arrive lentement, mais nous l'accueillons plus comme une bénédiction car la chaleur commençait à vraiment fatiguer les corps. On franchit plusieurs zones totalement envahies de galaberts où la progression est extrêmement pénible. 

Progression dans la portion de 2 km. (photo 6 H.Benard)Progression dans la portion de 2 km. (photo 6 H.Benard)Progression dans la portion de 2 km. (photo 6 H.Benard)
Progression dans la portion de 2 km. (photo 6 H.Benard)Progression dans la portion de 2 km. (photo 6 H.Benard)Progression dans la portion de 2 km. (photo 6 H.Benard)

Progression dans la portion de 2 km. (photo 6 H.Benard)

Nous faisons la jonction avec la partie connue à partir de Notre Dame de la Paix. Le sentier est tout aussi végétalisé. On enchaîne plusieurs portions en bordure de falaise et sans surprise, les brandes sont toujours au rendez vous !

La végétation change progressivement, la zone devient de moins en moins rocailleuse et une végétation de même type que la forêt de Notre Dame de la Paix se met en place. Lorsqu'on rencontre les premiers câbles, la fin est proche. 

Une vieille échelle en bois datant de l'époque et le franchissement d'une grosse souche marquent la fin de ce superbe calvaire ! 

Le cheminement jusqu'à ND de la Paix. Le cheminement jusqu'à ND de la Paix. Le cheminement jusqu'à ND de la Paix.
Le cheminement jusqu'à ND de la Paix. Le cheminement jusqu'à ND de la Paix. Le cheminement jusqu'à ND de la Paix.

Le cheminement jusqu'à ND de la Paix.

Une fois sorti de là, il suffit d'emprunter le sentier qui remonte jusqu'à la route forestière de la Grande Ferme toujours en suivant le haut du rempart. Pour cette partie il est préférable de se munir d'une carte pour ne pas risquer d'emprunter la mauvaise piste. Le sentier rejoint une piste qui elle même fait la jonction avec la RF de la Grand Ferme, il suffit de prendre à droite au croisement. On arrive alors sur la route du Volcan après plus de 3 quarts d'heure de marche, il ne reste plus qu'à regagner le parking du Nez de Boeuf. 

Le retour jusqu'au parkingLe retour jusqu'au parking
Le retour jusqu'au parkingLe retour jusqu'au parking

Le retour jusqu'au parking

Retour à l'accueil